JEAN-Pierre PETIT, bonjour, que reprochez vous à des projets comme ITER ou au laser Mega-Joule ?

Jean-Pierre PETIT – Sensibilisé par la catastrophe de Fukushima, j’ai réalisé, en participant à une manifestation à Aix en Provence en 2011, que j’étais le seul scientifique présent. J’ai pris conscience de l’absence en général de la communauté scientifique sur ce terrain du nucléaire, si on excepte quelques anti-nucléaires traditionnels (déjà âgés maintenant), se limitant au domaine de la fission, militant, à juste titre, contre ce projet dément de surgénérateur à neutrons rapides (Superphénix). Comme d’ailleurs les courageux militants anti-nucléaires de la première heure, qui se montrèrent conscients, à une époque où nous, scientifiques sommeillions dans nos bureaux. Certain laissèrent leur vie dans ce combat, d’où nous étions, nous, scientifiques, absents.
Ce que beaucoup de gens ignorent c’est que le premier geste de
François Hollande, quand il prit ses fonctions de Président, fut de signer l’accord pour la construction du
réacteur expérimental Astrid, qui est un surgénérateur à neutrons rapides, refroidi au sodium, fer de lance d’une option rebaptisée « réacteurs de IV° génération ». Or Astrid n’est rien d’autre que Superphénix, « amélioré ». Personne ne réagit. Personne ne proteste. Pas plus qu’on ne proteste contre les idées démentielles appuyées par nos nucléo-députés Bataille et Vido : peupler le pays, d’ici la fin du siècle, de surgénérateurs à neutrons rapides, hyper dangereux, générateurs de déchets, fonctionnant au
plutonium 239 pur, de manière à exploiter les 300.000 tonnes d’uranium 238 , issues de 50 années d’enrichissement isotopique, pour extraire du minerai l’uranium 235, fissile. Devenir ainsi « autonomes énergétiquement pour les 5000 ans à venir ».
J’ai aussi réalisé que face au projet ITER, il n’y avait pas de prises de position solidement appuyées sur des considérations réellement scientifiques. Je me suis donc plongé dans ce domaine, pendant deux années, aidé par des gens du milieu (mais tenant à garder un prudent anonymat). J’ai réalisé alors avec stupeur les failles béantes du projet ITER, qui ne découlaient ni du risque sismique, ni de la dangerosité du tritium, mais simplement du fait que ces machines, les tokamaks, étaient foncièrement instables. Pour faire court : ces instabilités appelées disruptions sont l’équivalent, dans ces machines, des … éruptions solaires (ce qui étaient d’ailleurs signalé noir sur blanc dans un rapport produit en 2007 par l’Académie des Sciences de Paris, sous la direction de l’académicien Guy Laval). Depuis que j’ai soulevé ce lièvre, les chantres du projets sont moins enclins à comparer ITER à « un soleil en bouteille ».
J’ai aussi créé une gêne en révélant que Putvinky, (avec qui j’avais dîné), « monsieur disruption » à ITER-Organization, réalisant que le problème était insoluble, avait rendu son tablier en juin 2012, abandonnant non seulement ITER (il avait rejoint l’équipe en 2009, achetant une propriété dans la région) mais la formule tokamak. Il est reparti travailler aux USA.
J’ai aussi découvert que ces questions, ainsi que bien d’autres, avaient été totalement passées sous silence dans le dossier de 7000 pages qu’ITER Organization avait mis en consultation libre durant l’été 2011, à l’occasion de d’Enquête Publique, devant déboucher sur une autorisation ou une non autorisation de l’implantation de « l’installation nucléaire de base ITER » (c’était le nom retenu). Une enquête publique qui avait été gérée comme si cette opération avait concerné l’implantation d’une station d’incinération à proximité d’un village. Je n’ai obtenu, cet été là, qu’un report de quelques mois de la décision, qui étaient déjà prise avant que cette commission fantoche, dirigée par André Grégoire « ne commence ses travaux ». Négligeant mes avertissements, celui-ci a signé le rapport final, se concluant par « avis favorable avec recommandations ». Et il m’a dit en substance « ils auront deux ans pour résoudre le problème des disruptions ». A noter que le mot « disruption » était tout simplement absent des 7000 pages mises en libre consultation !
Là j’ai compris que cette conclusion donnant le feu vert à ITER avait déjà été rédigée avant que cette pseudo enquête publique, complètement truquée, ne démarre, en plein été 2011. Mais cela n’étonnera personne.
J’ai commencé à écrire des textes sur ces problèmes. L’un ‘eux a été repris et diffusé au sein de la Commission Européenne par la députée
Michèle Rivasi, en français et en anglais. En même temps la revue NEXUS a publié la copie de ce texte dans ses colonnes. Ceci a suscité l’ire du CEA, qui a publié une « réfutation » dans son site, en français et en anglais, dont je n’ai pu connaître le ou les auteurs, apprenant seulement qu’il s’agissait d’un groupe de gens qui ne tenaient pas à révéler leur identité (…). Cette « réfutation » se trouve toujours sur le site. Evidemment, ma tentative d’obtenir un légitime droit de réponse pour démonter ces arguments est restée sans réponse (voir ceci sur mon site
http://www.jp-petit.org).

Plus récemment, dans son numéro de janvier-février 2013 la revue Nexus a publié une interview où je pointe le doigts sur le
fiasco du NIF américain, en en expliquant les raisons, Mégajoule étant pratiquement la copie conforme du NIF, à quelques dizaines de lasers près (176 contre 192). J’ai donc pronostiqué (comme le font outre Atlantique nombre de scientifiques américains) que le NIF ne permettra pas d’obtenir la fusion, et que par conséquent le projet Mégajoule serait de l’argent (6,6 milliards d’euros), dépensés en pure perte. Le CEA publiera-t-il une seconde réfutation de mes dires dans son site ? Affaire à suivre.
Vous prônez une 3e voie pour la fusion nucléaire : celle des Z-machines. Comment fonctionnent-elles ?
Jean-Pierre PETIT - A l’issue de ce périple de deux années dans les domaines de la fission et de la fusion, en incluant le problème dramatique de la gestion des déchets, ma conclusion est que la façon actuelle de tirer de l’énergie du nucléaire apporte plus de maux que de bienfaits. Et que ces maux, dans les décennies à venir, créeront des drames horribles dont les catastrophes de
Tchernobyl, puis de
Fukushima ne sont que les pâles prémices. Le redémarrage des réacteurs japonais montre la puissance des lobbies, contre tout souci de la santé publique et des vies humaines.
En 2006 j’ai découvert, dans un article publié par mon vieil ami, le grand spécialiste des plasmas Malcom Haines (hélas très malade) que les Américains, au laboratoire Sandia, Nouveau
Mexique, avaient obtenu des températures de plus de deux milliards de degrés dans un machine que j’avais vue en 1976, construite par Gerold Yonas. Cette découverte était fortuite (comme nombre de découvertes importantes dans l’histoire des sciences). J’ai immédiatement compris l’importance de ce saut incroyable effectué en 2005, la température maximale atteinte dès cette époque étant de 3,7 milliards de degrés. Ces valeurs ont suscité des réactions de scepticisme chez « les spécialistes français des plasmas chauds ».
Je suis allé à plusieurs congrès scientifiques internationaux, au top niveau. Il a fallu quatre années pour que l’interprétation des expériences, donnée par Haines, finisse par s’imposer, au congrès de Biarritz, 2011, consacré aux Z-machine, où il fit un exposé magistral, en tant que « personnalité invitée », communication appuyée par la publication d’un papier de 196 pages, sur le sujet, dans une revue à comité de lecture, devenu la Bible dans ce domaine.
En peu de mots, les plasmas de fusion sont sujets à toute une palette d’instabilités. Dans les tokamaks, celles-ci finissent par donner des disruptions, décharges de dizaines de millions d’ampères, venant frapper la paroi (en tous point comparables aux jets de plasma des éruptions solaires). Dans les manips de fusion par laser, elle condamnent la filière (il s’agit alors » de l’instabilité de Raleigh Taylor »). Dans les Z-machines elles … accroissent la température du plasma !
Ainsi le malheur des uns fait le bonheur des autres.
A Biarritz, j’appris de la bouche de Valentin Smirnov, directeur du département fusion à l’Institut des Hautes Températures de
Moscou, qu’il dirigeait la construction d’une Z-machine russe, Baïkal, qui sera plus puissante que le ZR américain ( successeur de la Z-machine ). Après les Américains, les Russes se lancent aussi dans ce domaine, pied au plancher.
Schématiquement, on pourrait dire que la Z-machines (et maintenant ses multiples variantes, comme MAGlif) est à des machines comme ITER,( où on s’efforce de maintenir constante la température du plasma de fusion), ce que sont les moteurs à combustion interne, impulsionnelle, vis à vis des machines à vapeur. L’avantage des moteurs à combustion interne est de pouvoir faire brûler un mélange combustible-oxygène à une température de 1000°, obtenue pendant une fraction de seconde, la température générale du moteur restant inférieure à cette de l’eau bouillante.
Comme le moteur à explosion, des générateurs fondés sur le système des Z-machines seraient dotée d’un système de
stockage d’énergie électrique, pendant du volant d’inertie de ce même moteur. Enfin ces générateurs exploiteraient un procédé de conversion directe de l’énergie, par MHD, opérationnel depuis les travaux d’Andréi Sakharov, des années cinquante. Pourquoi cette formule suscite-t-elle un tel rejet, en particulier en France ? Pour deux raisons. Elle rend obsoletes tous les efforts associés au générateurs à fission, au surgénérateurs, aux bancs laser et à ITER. Tout le nucléaire classique est remis en cause, et se trouve dans l’incapacité d’intégrer ce concept outsider dans ses
plans.
La France dispose déjà d’une Z-machine : le Sphinx. Qu’est-ce qui la distingue des Z-machines américaines ou russes ?

Jean-Pierre PETIT - La France possède effectivement sa Z-machine : le
Sphinx, implantée dans un laboratoire de l’armée, à Gramat. Cette machine est hors course, hors jeu, de par sa conception même. Ca n’est qu’un bête générateur de rayons X, qui ne dépasse pas quelques dizaines de millions de degrés, et ne peut faire plus. Par ailleurs, une des caractéristiques essentielles, si ne qua non, de ces machines « Z » est de devoir délivrer leur intensité en un temps très bref. Cent milliardièmes de seconde pour la machine américaine, 150 milliardièmes de seconde pour la monstrueuse machine russe, en construction : Baïkal. La machine française ayant un temps de décharge de 800 milliardièmes de seconde, est … trop lente. De part sa conception, on ne peut pas améliorer ses performances. Par ailleurs les gens qui la servent manquent de compétences en la matière, ne serait-ce que sur le plan théorique, qui est très pointu. Un domaine pratiquement neuf, défriché par des gens comme Haines, celui des plasmas hyper chauds, hors d’équilibre.
Le Sphinx est trop lent, ne peut être amélioré. Megajoule et le NIF sont aussi hors jeu. Dans les installations NIF et Mégajoule, il manque un facteur 50 sur l’énergie focalisée sur cible (voire mon
complément d’information dans mon site) . Inversement, les machines américaines et russes visent d’emblée ces 10-15 mégajoules sur cible (l’énergie contenue dans le fond d’une tasse de tisane, voir l’article complémentaire sur mon site, mais délivrée en 100-150 milliardièmes de seconde). Une énergie seuil issue des expériences secrètes Centurion Halite américaines (les Russes ayant mené de leur côté des campagnes similaires et étant parvenus aux mêmes résultats).
Les Z-machines russes et américaines permettent, potentiellement, du fait des températures atteintes, ce auquel jamais les autres filières ne pourront prétendre : envisager ce qui est véritablement le Graal de la physique nucléaire : la fusion Bore Hydrogene, aneutronique. Une fusion qui ne génère pratiquement pas de radioactivité et aucun déchet, sinon … de l’hélium. Cette réaction démarre à un milliard de degrés. Jusqu’en 2005 l’obtention d’une telle température aurait paru relever de la science fiction. Aujourd’hui ZR, avec son intensité portée de 18 à 26 Millions d’ampères, est très probablement passé de 3,7 à 8 milliards de degrés. Mais, comme me l’avait dit Malcom Haines à
Biarritz en 2011 : « Je pense qu’ils l’ont fait, mais ils ne te le diront jamais, pour des raisons de secret défense. »
Car, vous l’imaginez bien, cette percée comporte aussi son volet armement : les « bombes à fusion pure », où un mélange de fusion peut être mis à feu sans utiliser de bombe A, mais l’électricité fournie par un explosif, dérivé des premiers concepts expérimentés par Sakharov dès les années cinquante ( 100 millions d’ampères en 1954 ).
Ceci étant, une nouvelle percée, qui correspond au montage MagLif (une variante du montage « Z » ) montre que cette filière s’est maintenant imposée outre Atlantique, comme une nouvelle façon d’obtenir l’ICF (Inertial Confinement Fusion), la « fusion par confinement inertiel », qui est à la base des systèmes de recherche de fusion auto-entretenue, initiée par lasers.
La fusion par laser est hors course, comme démontré récemment sur le banc américain NIF. Mais, cela aurait-il fonctionné (l’ignition), ces systèmes n’auraient jamais pu donner des générateurs industriels, du fait du rendement des lauser, inférieur à 1,5 % . Ce ne furent jamais que des installations d’essai à visées militaires.
Pensez vous que les américains ou les russes pourraient maitriser la fusion nucléaire civile plus rapidement que les Français ? A quel horizon ?
Jean-Pierre PETIT - Bien évidemment ! En s’accrochant à un dinosaure du nucléaire comme ITER, ou à une machine 50 fois trop peu puissante comme Mégajoule, les Français font de mauvais choix, ratent complètement le coche. Quand la fusion deviendra réalité, en Russie et en Amérique, avec cette filière Z, et son astucieuse variante MAGlif, les Français se retrouveront encombrés de véritables fossiles technico-scientifiques.
On pourra objecter que des réactions de fusion on été obtenues sur la machine JET, avec extraction de puissance. Mais, sur ce plan, je citerai ce que m’a écrit tout récemment Glenn Wurden, directeur de la fusion à Los Alamos (…) : »Je ne pense pas qu’on parviendra un jour à transformer un tokamak en générateur de puissance, car on ne trouvera jamais ce matériau magique capable de résister à l’impact des neutrons de fusion, 7 fois plus énergétiques que les neutrons de fission. Ce matériau magique n’existe simplement pas et n’existera jamais ».
Jean-Pierre PETIT - Sensitized by the Fukushima disaster, I realized, participating in a demonstration in Aix en Provence in 2011, I was the only scientist present. I became aware of the absence in general of the scientific community in this field of nuclear power, if we except some traditional anti-nuclear (now already old), limited to the field of fission, militant, rightly against this project demented fast breeder (Superphenix). As did the courageous anti-nuclear activists of the first hour, which showed aware, at a time when we scientists sommeillions in our offices. Some lost their lives in this fight, which we were, we scientists absent.
What many people do not know is that the first act of François Hollande when he took his duties as President was to sign the agreement for construction of the experimental reactor Astrid, a fast breeder, sodium cooled spearhead an option renamed "Fourth generation reactors." But Astrid is nothing that Superphénix "improved". No one reacts. No one protests. Nor would protest against the insane ideas supported by our deputies Nucleo-Bataille and Vido: populate the country by the end of the century, fast neutron breeder reactors, hyper dangerous waste generators, fueled plutonium 239 pure, so as to exploit the 300,000 tons of uranium 238, from 50 years of isotopic enrichment to extract ore uranium 235, a fissile. Thus become "autonomous energy for 5,000 years to come."
I also realized that facing the ITER project, there was no solidly supported positions on truly scientific considerations. So I plunged into this field for two years, helped by local people (but keep taking a cautious anonymity). I realized with amazement the gaping holes of the ITER project, which stemmed or seismic risk, or the danger of tritium, but simply the fact that these machines tokamaks were inherently unstable. In short: these instabilities called disruptions are equivalent in these machines, ... solar flares (which were also reported black and white in a report produced in 2007 by the Academy of Sciences of Paris, under the direction Academician Guy Laval). Since I raised the hare, the projects of the singers are less inclined to compare ITER to a "bottled sunshine".
I also created an embarrassment by revealing that Putvinky, (with whom I had dined), "Mr. disruption" to ITER Organization, realizing that the problem was insoluble, had rendered her apron in June 2012, leaving not only ITER ( he joined the team in 2009, buying a property in the area) but the formula tokamak. He left work in the US.
I also discovered that these issues, as well as many others, had been totally ignored in the 7000-page dossier ITER Organization had set free consultation in summer 2011, on the occasion of of Public Inquiry, which should lead to an authorization or non authorization of the implementation of the "BNI ITER" (that was the name chosen). A public inquiry that had been managed as if this had affected the implementation of an incineration plant near a village. All I got, that summer, a delay of a few months of the decision, already taken until this puppet commission, headed by André Gregory "begins its work." Ignoring my warnings, it has signed the final report, concluding with "favorable opinion with recommendations." And he basically told me "they have two years to solve the problem of disruptions." Note that the word "disruption" was simply absent from the 7000 pages in free consultation!
There I understood that this conclusion giving the green light to ITER had already been written before this pseudo public inquiry, fully rigged, starts in midsummer 2011. But it will not surprise anybody.
I began to write texts on these issues. One of them was taken and circulated within the European Commission by Michèle Rivasi MP, in French and English. At the same time the magazine NEXUS released the copy of the text in its columns. This aroused the ire of the CEA, which issued a "rebuttal" in its website, in French and English, which I got to know the author or authors, only learned that it was a group people who did not wish to reveal their identity (...). This "refutation" is still on the site. Obviously, my attempt to get a legitimate right of reply to dismantle these arguments remained unanswered (see this on my site http://www.jp-petit.org).